02 novembre 2016 Le Figaro Vin

CHÂTEAU PéDESCLAUX : LE VIGNERON DU RACING 92 NE CESSE DE MARQUER DES ESSAIS

Jacky Lorenzetti vient d'élever une cathédrale de verre à la gloire de son Pédesclaux, cru classé de Pauillac. "Il faut deux folies pour mener à bien un tel projet, admet-il. Celle de l'architecte qui le pense, Jean-Michel Wilmotte, et celle de l'investisseur qui le suit. Nous sommes tombés assez vite d'accord. Les grands vins méritent les monuments qu'on leur élève aujourd'hui. Les œuvres d'art ont bien leurs musées. Je voulais la lumière, l'harmonie, et la douceur."

Jacky Lorenzetti aime à rappeler le mot assassin du critique-gourou américain Robert Parker : "La vie est trop courte pour boire du Pédesclaux." Mais cet homme qui porte en permanence l'écharpe rayée bleu et blanc du club de rugby Racing 92 (anciennement Racing Métro) dont il est le propriétaire, ne craint ni les challenges ni les matchs difficiles. Les belles endormies ne se réveillent pas toutes fraîches et disposes comme la Belle au bois dormant. Quand elles ouvrent l'œil, certaines sont mal en point, souffreteuses, avec la gueule de bois. Pas de quoi décourager ce fonceur créateur de Foncia, une entreprise de transactions immobilières et d'administration de biens. Jacky Lorenzetti se destinait à la restauration. Après l'école de cuisine de Lausanne, il aurait pu devenir chef et courir après les étoiles. Il a préféré les affaires et décrocher la lune. Sa réussite est exceptionnelle. Il compte jusqu'à 7.000 collaborateurs. Il revend en 2007, à 60 ans.

Toujours aux affaires (président de Terreïs, société foncière de bureaux et de murs de commerces situés dans Paris), il opère un changement radical. "Il faut remplir sa vie de tout ce qu'on aime", dit-il. Françoise, son épouse bordelaise, le conduit à la passion du rugby et aux châteaux en Médoc. Et, parce qu'il ne fait rien à moitié, il achète le club francilien Racing 92 et le domaine Lilian Ladouys à Saint-Estèphe, puis Pédesclaux à Pauillac, ainsi que le très seigneurial Château d'Issan(en participation à 50%) à Margaux.

Pour lui, le vin est arrivé au bout d'une série de ren­contres, au cours d'un repas d'affaires. Avant, son expérience se limitait au fendant, rustique compagnon habituel de ses bordées de jeune étudiant en Suisse. Sa première ­passion était plutôt l'automobile. Il a gagné un rallye du championnat de France. Sous l'impulsion de Vincent ­Bache-Gabrielsen et Emmanuel Cruse, les deux directeurs de ses domaines, chaque millésime consacre un progrès, une montée pour retrouver une place légitime parmi les siens, les grands crus classés de Bordeaux. Chemin de Croix à l'envers ? Chemin de cru gourmand, en tout cas, illustré par une progression exemplaire de 2009 à 2013. Le vin s'épanouit en bouche, se densifie au fil des millésimes, se "fructifie", se fait suave et profond. Elégance et gour­mandise. Preuve que la vigne est vivante puisqu'elle peut ressusciter. "Le vin n'est pas un business comme les autres, reconnaît Jacky Lorenzetti. Il n'en est même pas un du tout. Avant de connaître un retour sur investissement, il faut attendre un peu, beaucoup..."

Jean-François Chaigneau